Le 4 mai tu auras 15 ans : Joyeux Anniversaire !
Dans quelques jours tu vas fêter ton quinzième anniversaire. Un de plus sans ton père. Un de plus sans cette autre famille que tu ne connais pas.
Mais cette famille pense à toi, et souffle avec toi, en pensée toutes tes bougies.
Il y a un peu plus d’un mois, est arrivé un camion de déménageur avec toutes les affaires que ton père avait confié à un garde meuble lorsqu’il a quitté la région Bordelaise pour se rapprocher du soutien des siens.
En ouvrant les cartons, j’ai eu l’étrange sentiment que ton père pensait que cette situation n’était que provisoire et n’allait pas durer plus que quelques mois. C’était comme si ces cartons avaient été fermés la veille.
Quelques jours plus tard, ton grand père m’a dit avoir eu la même impression, pourtant je ne lui en avais pas parlé.
Nous avons trouvé des paquets de pâtes entamés prêts à retrouver leur place sur une étagère dans une cuisine…
En ouvrant l’un des cartons j’ai trouvé les objets qui meublaient ta chambre : rideaux, lampes, boîte à musique, peluches, draps… et j’ai éprouvé un pincement au cœur en voyant le soin avec lequel ton père avait rangé ces objets.
C’était comme s’il avait voulu pouvoir recréer ta chambre là où il pourrait reconstruire sa vie, lorsque tout aurait été terminé. Et cette vie, il ne l’avait pas imaginée sans toi.
Nous avons remis toutes ces choses dans un carton pour toi, pour le cas où un jour tu souhaiterais les retrouver, en savoir plus sur cette partie de ta vie.
L’ouverture de ces cartons a été un moment difficile, rendant plus sensible l’absence de ton père.
C’est dur de se dire que nous ne partagerons plus jamais rien ensemble. Retenir son geste, lorsque l’on voudrait prendre son téléphone pour lui parler d’une chose ou d’une autre. S’arrêter en plein élan lorsqu’en pensée on se dit : « tiens, il faudra que j’en parle à Bernard » ou « il faudra que je demande à Bernard comment on fait… »
Cela fait plus d’un an, et pourtant j’ai encore ces réflexes parfois. Dans des moments d’inattention je me laisse encore surprendre.
Dans ces cartons, il y avait aussi des photos et des diapos. Des photos de ta mère, de toi, de vous… Nous les gardons aussi pour toi. Tu verras que ton père s’est toujours occupé de toi. Tu verras que tu as passé du temps avec lui et avec nous. Tu verras que ta mère ne t’a pas tout dit. Tu verras que vous avez vécu de très belles choses ton père et toi.
Mais c’est frustrant de savoir que tu grandis entourée des mensonges construits par ta mère et ses proches. Bien sûr, nous espérons qu’un jour ce mur de mensonges tombera, car il faudra bien qu’un jour tu ais accès à cette autre partie de ta vie, mais c’est quand même frustrant.
Aujourd’hui tes grands parents ne sont qu’à quelques kilomètres de toi, à Rochefort, pourtant ils n’ont pas la possibilité d’aller te voir, parce que ta mère fait barrière et que la justice se fait timide. Dieu sait que ce n’est pas l’envie qui nous a manqué plus d’une fois, d’aller te voir, de braver ta mère et la justice, mais nous savons que ta mère s’en servirait contre nous, et nous n’avons plus aucune confiance en la justice pour déceler le juste du faux. Et puis, celle qui en souffrirait le plus c’est toi.
Il se peut que tu ne comprennes pas que nous restions en retrait, que nous n’engagions pas un bras de fer avec ta mère. Mais nous comptons sur le temps, pour que les choses se fassent en douceur pour toi. Un jour tu comprendras que nous avons évité d’entrer dans le jeu des hostilités, de la guerre et de la haine que ta mère sait si bien pratiquer.
Même si ton père a perdu en faisant ce même choix, nous demeurons persuadé que c’est le meilleur choix pour toi. Parce que tu découvriras que nous ne t’avons jamais demandé de choisir entre ta mère et nous, que nous t’avons laissé libre de tes mouvements, nous n’avons pas bâti de murs entre toi et nous.
Nous avons laissé la porte ouverte et tu pourras la franchir quand tu t’en sentiras prête, quand tu en auras envie. Tu pourras la franchir dans les deux sens car elle ne se refermera pas derrière toi.
Le 4 mai prochain tu vas avoir 15 ans, chaque année qui passe nous laisse d’avantage d’espoir que tu prennes conscience qu’il y a une partie de toi qui t’attends ailleurs.
En attendant ce jour, je te souhaite un joyeux anniversaire.
Ta tante Isabelle.

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