Bernard DUPIN

"Un innocent en prison est un homme en danger de mort" (Roger Agret)

Les jours, les semaines, les mois et les années qui ont suivi son interpellation par les gendarmes, ton père a cherché à comprendre pourquoi et comment ils en étaient arrivés là avec ta mère.

 

Après avoir été entendu par les gendarmes et relâché, ton père a pris contact avec ta mère. Elle s'est confondue en excuses, lui affirmant qu'elle s'était affolée et n'avait pas réfléchie avant d'aller porter plainte. Elle savait que ton père n'avait rien à se reprocher et lui a assuré qu'il pourrait continuer à te voir comme avant.

Mais ton père était trop abasourdi par la monstruosité des accusations qu'elle avait proférées contre lui pour pouvoir avoir confiance en elle.

Et il a eu raison puisque par la suite elle en a rajouté : affirmant qu'il vous avait abandonnée toutes les deux à ta naissance, qu'il ne s'était jamais occupé de toi avant son installation chez tes grands parents maternels, et bien d'autres allégations qu'il vaut mieux ignorer.

 

Pour ton père ce fut le début du cauchemar.

Il avait quitté sa région, ses amis, pour se rapprocher de toi et voilà qu'à présent il ne pouvait même plus te voir.

Il se retrouvait seul et désespéré à broyer du noir, sans comprendre ce qui lui arrivait, espérant chaque jour que ce n'était qu'un cauchemar dont il allait bientôt se réveiller.

 

Il m'a souvent parlé de ces moments difficiles : quand il travaillait, il arrivait à tenir le coup, mais sur la route ou bien seul chez lui, tout tournait dans sa tête. Il ignorait comment prouver son innocent, alors qu'il n'y avait aucune preuve prouvant sa culpabilité.

Comment démontrer la fausseté d'accusations qui ne s'appuient sur aucune preuve matérielle ?

 

S'il parvenait à justifier qu'il ne vous avait pas abandonnées, qu'il s'était occupé de toi dès ta naissance, que tu n'étais pas avec lui les jours mentionnés dans l'accusation. Le juge lui rétorquait que cela ne prouvait rien, et qu'en ce qui concernait les dates, il pouvait y avoir des erreurs que cela ne changeait en rien la nature des accusations.

 

Même la pédopsychiatre qui t'a interrogée n'a pu certifier que les accusations étaient fondées. Selon elle, tu étais une enfant perturbée, tu disais que tu avais deux papas, papa Bernard et papa C., mais que celui que tu préférais c'était papa Bernard.

Et c'est là, que l'on tombe dans l'absurde puisque la pédopsychiatre en conclu que ton attachement à ton père était ce qui te perturbait compte tenu des accusations portés contre lui.

 

Quant au psy (psychologue, psychanalyste ou psychiatre…) qui a entendu ton père, sa conclusion laisserait pantois n'importe qui d'un peu sensé, puisqu'elle peut se résumer ainsi :  si les accusations qui sont portées contre ton père sont exactes alors ton père est dangereux puisqu'il refuse de reconnaître ces actes.

En somme, un coupable qui reconnaît être coupable est moins dangereux qu'un innocent qui refuse de se reconnaître coupable !!!!!!!!!

 

Je n'ai eu accès à ces documents qu'après le procès et le jugement, et j'ai eu du mal à garder mon calme en me disant que le tribunal avait rendu un verdict de culpabilité à partir de ces documents.

 

Aujourd'hui encore en relatant ces faits j'ai beaucoup de mal à maîtriser ma rage et ma colère (ainsi que mes larmes en songeant au calvaire vécu par ton père). Je ne pensais pas que la justice prenait autant à la légère la vie d'un homme.

Comment peut on ainsi détruire la vie d'un homme en quelques minutes (le temps qu'a duré la délibération) à partir de ces seuls documents…

Oh non ! j'oubliais un autre document, mais que personne n'a pris en compte, le témoignage d'une jeune femme qui avait subi des abus dans son enfance et qui a témoigné en faveur de ton père, parce qu'elle avait été sans doute la dernière personne à vous avoir vu tous les deux ensemble, ton père et toi. Et elle témoignait, par expérience, que rien dans les rapports existants entre toi et ton père ne pouvait donner crédit aux accusations formulées par ta mère.

Mais ce témoignage là, n'a pas été retenu, sans doute parce que cette jeune femme était une amie de ton père.

De même que nos témoignages, ceux de tes grands parents paternels, tes oncles et tantes paternels, amis de ton père, n'ont pas été sollicités, parce que considérés comme non objectifs !!!

 

Et c'est ainsi que ton père a été condamné à trois ans de prison dont un avec sursis.

Trois ans ! Trois ans de prison quand on est innocent c'est beaucoup.

 

Tous les avocats que nous avons consultés à l'issue du procès, ont tous eu la même réaction, trois ans pour une telle accusation c'est peu, en principe c'est au moins sept ans.

Finalement ton père s'en sortait à bon compte ! Parce que même s'il était innocent, dans ce genre d'affaire, on préfère condamner un innocent que relâcher un coupable.

 

Bien sûr trois ans ce n'est rien si on est coupable, mais lorsqu'on est innocent, trois ans c'est une éternité.

 

J'avais appris dans mes cours de droit, que le doute devait bénéficier à l'accusé…

Mais il est vrai que j'ai appris tant de choses à l'école qui n'ont rien à voir avec la réalité… Liberté, égalité, fraternité… Tous les hommes naissent libres et égaux en droit…

 

 

Il y a quelques mois de cela, une amie enseignante m'a dit qu'elle refusait désormais d'enseigner le droit en classe parce qu'elle ne pouvait pas enseigner quelque chose en quoi elle ne croyait plus.

 

 

 

Je t'avais dis petite fille qu'il me faudrait tu temps pour te parler de cette période de la vie de ton père, la plus douloureuse, celle qu'il a vécu loin de toi, parce que je n'étais pas prête, parce que la révolte se réveille en moi dès que je me mets à évoquer ces instants.

 

Aujourd'hui j'ai essayé, mais tu vois je me sens tellement… coupable n'est sans doute pas le terme approprié… mais nous étions si nombreux à l'aimer, à croire à son innocence… il n'avait en face de lui, comme accusateurs, que ta mère et ses parents, pourtant …

Nous ne sommes pas coupables, nous ne sommes pas responsables et cependant nous éprouvons une telle souffrance de n'avoir pas pu l'aider.

 

Oui, aujourd'hui j'ai essayé, mais c'est si dur. Il me faudra encore du temps.

 

Ta tante : Isabelle

 

« Un innocent en prison est un homme en danger de mort » (Roland Agret)



Article ajouté le 2008-11-15 , consulté 61 fois

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