Pourquoi continuer ce blog ?
Ma chère nièce,
Tu peux te demander pourquoi, nous persistons à vouloir engager un dialogue avec toi.
Pourquoi tes grands parents continuent à t'écrire malgré l'absence de réponse à leurs lettres.
Pourquoi, je continue à alimenter ce blog.
Parfois, moi aussi je me le demande. Ce serait beaucoup plus facile de tirer un trait sur tout ça, arrêter de se battre pour conserver ce lien entre toi et nous. Baisser les bras. Faire comme si tu n'existais pas.
Mais, dans ces moments là, je me souviens de ton père, de toi, de toi et de ton père. J'entends tes éclats de rire, je te revois guettant son arrivée. Je me souviens de cette si belle complicité qui existait entre toi et lui.
Sur la cheminée, dans la maison de tes grands parents, il y a plusieurs photos de toi. Et il y en a une en particulier que j'aime plus que les autres. C'est sans doute la plus récente de toi que nous ayons. Je ne sais pas où elle a été prise, ni qui l'a prise.
Sur cette photo ton père est assis dans un canapé de cuir jaune, il porte une chemise couleur saumon, une cravate (ce qui me fait dire que cela devait être pour un noël ou un jour de l'an, peut-être le dernier que vous ayez passé ensemble), un pantalon gris. Il tient une cigarette à la main, et oui, ton père avait ce défaut, il fumait. Pas beaucoup, mais à cette époque il fumait. Il avait arrêté à la fin de sa vie.
Et puis, il y a toi. Tu portes un sweet jaune et un pantalon bleu marine ou noir avec des motifs clairs, peut-être des fleurs. Et tu es calée contre ton père, son bras entoure ta taille, tu fixes l'objectif. Ton regard trahi ta fierté d'être là contre ton père, avec ton père. Oui, on te sent à l'aise, heureuse et fière de ce père que tu as toujours adoré. On devine d'autres gens avec vous, on aperçoit des mains, un bras, mais impossible de savoir de qui il s'agit.
Cette photo, je l'aime beaucoup et c'est en la regardant jour après jour que je me dis que nous n'avons pas le droit de te laisser tomber.
Qu'importe s'il n'y a qu'une chance sur 1 million que tu lises ces mots. Cette unique chance nous n'avons pas le droit de la laisser s'échapper.
Pour le moment, nous savons que tu es encore derrière ce mur de mensonges construit pas ta mère et ses parents. Mais tous les murs finissent par s'effondrer un jour.
La dernière lettre que tes grands-parents t'ont envoyée est revenue avec la mention « refusé » « retour à l'expéditeur ».
C'est dur, cruel. Pourquoi ne pas l'avoir simplement ignoré comme les précédentes ? Mais, nous accuserons le coup, comme nous avons toujours accusé tous les coups bas portés par ta mère. Sa haine envers ton père et notre famille est sans limite nous le savons, nous l'apprenons chaque jour un peu plus.
Mais tout cela ne nous empêche pas de te garder tout notre amour, toute notre affection et toute notre tendresse.
Je te l'ai déjà dis, je te le redis, et je te le redirais encore, notre porte, celle de notre cœur, de notre famille, t'es grande ouverte. Le jour où tu auras envie de la franchir, tu ne dois pas hésiter, ne pas penser que nous t'en voulons de ces longues années de silence et de refus.
Depuis l'âge de 5 ans et demi tu vis dans un univers qui nous est hostile, comment te le reprocher ?
Aujourd'hui encore, je voulais te rappeler que tu as une autre famille, et que malgré tout, tu fais parti de cette famille, même si tu n'en as pas conscience.
Ta tante Isabelle.

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