Jeudi 6 mars 2003 : une condamnation, un nouveau combat.
Je voudrais que ton père cesse d'être un inconnu pour toi, mais je me doute que ce n'est pas facile.
Tu étais si petite, et désormais tu n'auras jamais la possibilité de le rencontrer.
Il ne reste que nous pour te parler de lui, et je sais bien que ta mère et ton entourage ont construit un mur épais entre nous.
A force de patience et de persévérance, je me dis qu'un jour… Mais c'est tellement frustrant. Attendre que tu te poses des questions, que tu cherches des réponses, que tu ai envie d'en savoir d'avantage. Ce jour là, tu trouveras peut-être ce blog. Il est là pour ça, pour pouvoir t'apporter des réponses, te raconter ton père, mais aussi cette autre famille dans laquelle tu as ta place même si toi tu ne le sais pas.
Lorsque ton père a quitté Bordeaux, à la fin de l'année 2000, il est venu s'installer près des siens, dans la maison familiale.
Il avait besoin de soutien pour surmonter cette épreuve que ta mère avait mis sur son chemin.
Il pensait, et nous aussi, que tout serait assez vite réglé. Et lorsqu'enfin, la justice aurait été rendue, il pourrait chercher une maison pour vous deux.
Il n'avait pas l'intention de te couper de ta mère, ça n'a jamais été son intention. Je crois même qu'il n'avait jamais songé à te garder à temps complet auprès de lui, même s'il en mourait d'envie.
Il savait que tu avais besoin de ta mère et que ta mère avait besoin de toi. Il espérait trouver un juste équilibre.
En quittant Bordeaux, il a laissé beaucoup d'affaires dans un garde meuble, parce qu'il pensait vraiment, rapidement, s'installer dans une nouvelle maison.
Je t'ai déjà dis que dans un carton, il y avait tous ce qui meublait ta chambre : les appliques murales, le mobile, les rideaux, les draps, tes jouets etc…
Tout était rangé comme pour être facilement remis en place.
Oui, jamais ton père n'avait songé que cela durerait si longtemps, qu'il serait condamné, qu'il irait en prison et qu'il finirait par se jeter du haut d'une falaise.
Ton père n'y avait jamais songé, je n'y avais jamais songé, aucun de ceux qui le connaissaient n'avaient songé un seul instant que les événements prendraient cette tournure tragique.
Les accusations portées par ta mère contre ton père étaient graves, mais quand on est innocent on se dit que l'on a rien à craindre de la justice. On a beau savoir, que la justice se trompe parfois, qu'il y a eu des erreurs judiciaires célèbres et certainement d'autre moins célèbres, mais comment envisager de faire parti de ces erreurs.
Après tout, il n'y avait aucun élément probant dans le dossier. Mais, voilà, le contexte était tel que cela a certainement joué contre ton père.
Il aurait été jugé un an plus tard, le contexte avait changé, et il aurait certainement été acquitté.
Je me souviendrai toujours de ce jeudi 6 mars 2003.
Ce jour là, ton père s'est rendu seul au tribunal.
J'avais proposé de l'accompagner, notre mère aussi lui avait proposé de faire la route avec lui, mais il lui a dit « Pourquoi faire ? Ne t'inquiète pas, ce soir tout sera fini ».
J'étais, moi aussi, très confiante, et je ne me suis pas fais le moindre souci tout au long de la journée. Pour moi, cette journée devait être la fin d'un cauchemar, et non pas le début d'un nouvel enfer.
Aussi lorsque le soir vers 22h, notre mère m'a téléphoné pour m'annoncer qu'elle avait eu Bernard au téléphone et qu'il venait d'être condamné à 3 ans de prison, tout s'est écroulé autour de moi. J'ai commencé à pleurer, et depuis j'en ai versé des larmes !
Le lendemain matin, je me suis rendu à mon travail, mais j'ai passé la matinée à pleurer. Comment l'inimaginable avait pu se réaliser. Je n'arrivai pas à comprendre que l'on ait pu condamner quelqu'un sur les seules dires d'une femme qui, c'était démontré, ne savait que mentir. N'avait-elle pas affirmé que Bernard vous avait abandonnée, elle et toi, et ne s'était jamais occupé de toi ? Alors que c'est elle qui avait quitté l'appartement du Vaucluse où vous viviez tous les trois, en t'emmenant pour aller s'installer près de ses parents en Charente !!! Alors que Bernard avait tout quitté pour s'installer chez tes grands parents maternels pour pouvoir s'occuper de toi !!!
Comment les juges ont-ils pu la croire, elle, et ne pas croire ton père, ni le témoignage de cette amie qui vous avait vu pour le dernier jour de l'an que vous avez passé ensemble. Cette amie qui avait été victime dans son enfance de violence, et qui avait témoigné que rien dans ton attitude vis-à-vis de ton père ne pouvait donner crédit aux dires de ta mère.
J'étais abasourdie, révoltée et anéantie.
A midi, je me suis précipitée chez nos parents, j'espérai y trouver ton père, mais il n'était pas encore revenu de Bordeaux.
Tes grands-parents paternels et moi, nous l'avons attendu inquiet, une bonne partie de l'après-midi. Nous avons été rejoint par Alain et Nadia, ton oncle et ta tante.
Nous étions tous inquiets, et je pense que nous avons tous pensé que ce jour là ton père aurait pu commettre l'irréparable.
700 kilomètres, seul, en voiture, avec ce bout de papier qui vous condamne. Que peut-il se passer dans votre tête ?
C'est soulagé que nous l'avons vu arriver, vers 17 heures. Il était anéanti et s'est réfugié immédiatement dans sa chambre.
Notre père l'a rejoint, je ne sais pas ce qu'ils se sont dits. Mais il est redescendu, pour nous dire que ton père était complètement anéanti et qu'il avait besoin d'être seul un moment et de se reposer.
Moi, j'étais rassurée. Il était là, c'était l'essentiel.
Je suis rentrée chez moi et j'ai prévenu chacun de tes oncles. La nouvelle les a, bien évidement, choqué.
J'ai passé de longues heures au téléphone avec ton oncle Hervé, nous avons passé en revu toutes les actions à engager. Ce n'était pas le moment de baisser les bras, bien au contraire, nous allions nous battre avec Bernard.
J'ai passé une bonne partie de la nuit sur internet, à rechercher la procédure pour faire appel, des associations et des témoignages.
Le lendemain matin, je suis repartie chez nos parents, mon petit dossier sous le bras. J'en ai discuté avec ton grand père paternel, puis j'ai retrouvé ton père dans la bibliothèque et je lui ai remis mon dossier. Je lui ai fait un petit résumé et lui ai dit: « lis tout ça et ensuite on en parle ».
De savoir que nous étions tous là, mobilisé pour lui, lui a permis de reprendre le dessus. Ton père était comme ça, il ne se laissait pas facilement démoraliser. Je sais que cela peut paraître étrange, puisqu'il a fini par se jeter du haut d'une falaise. Mais, justement, il fallait que son désespoir soit réellement immense, pour en arriver là.
Parce que ce samedi 8 mars 2003, malgré le choc de cette condamnation à laquelle personne ne s'attendait, il a repris confiance et est reparti au combat en espérant faire entendre sa voix.
Ta tante, Isabelle

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