Bernard DUPIN

Ce jour là, petite fille, tu pleureras toutes les larmes de ton coeur.

Je suis l'aîné. Il était le cadet. Malgré les 9 ans et les 550 km qui nous séparaient une certaine complicité nous liait.

Pourquoi? Aucune idée!

C'est comme çà et ca ne s'explique pas! Mais c'est vrai, ton père était de toute façon complice avec tout le monde. Chacun à sa manière.

Nous deux c'était plutôt le sport qui nous liait. Et pourtant, nous ne sommes pas de grands sportifs! Loin de là!

Mais le vélo et la course à pied nous faisaient passer de beaux moments de complicité.

Et aujourd'hui la frustration m'envahit: avec qui irai-je faire du vélo lorsque les fêtes de fin d'année arriveront et que, tradition oblige, nous nous retrouverons tous dans la grande maison familiale à Meyzieu?

Égoïste? Moi? Ben oui! Un peu! Quand je pense à ton père je pense d'abord à mes excursions à vélo ou à mon jogging matinal avec lui, plutôt qu'à la tragédie du 13 Mars!

Mais tout chagrin n'est-il pas d'abord égoïste? Avoir du chagrin, c'est d'abord ressentir un manque, un vide démesuré, une absence omniprésente … toujours rapportés à soi!

Le sien devait être immense. Tu sais. Petite fille!

 

Et puis il y a la rage! La rage de l'impuissance!

Repousser l'ombre de toute tentative de vouloir redessiner le passé, pour ne pas mettre le doigt dans l'engrenage du refus!

Non! Il n'y a pas de retour en arrière possible! Inutile de chercher des échappatoires par des „si seulement il nous avait parlé …" et des „il aurait pu chercher réconfort auprès de …" ou bien des „on aurait du s'en douter …". Fausses réponses à de vraies questions.

Ces questions tu te les poseras, petite fille! Mais qui osera te donner la réponse?

 

Et puis il y a la haine (oui! un bien grand mot! Peut-être un peu exagéré, mais je n'ai pas trouvé mieux).

Car la réponse elle est là.

Oui! nous savons d'où vient le mal. Cette mauvaise herbe qui étouffe tout, même les plus belles fleurs, les plus belles joies de vivre. Ce chiendent hideusement alimenté par l'engrais de la méchanceté.

Quelle motivation a bien pu pousser cette diabolique jardinière à s'acharner sur mon frère - ton père, petite fille - jusqu'à le détruire. Allant jusqu'à lui arracher de la manière la plus ignoble qui soit l'essence même de son avenir, de sa vie, de sa postérité.

Comment une mère, une vraie mère, peut en arriver là. On n'arrache pas un enfant à son père quand on l'aime!

Impossible de détruire le père sans blesser profondément l'enfant. Inévitable!

Le père n'a pas survécu à ses cicatrices. Celles de l'enfant sont invisibles mais profondes. Les mensonges de la mère les recouvrent. Mais la colle est diabolique et sûrement pas éternelle. Un jour viendra ou le pansement se déchirera. Les cicatrices s'ouvriront au grand jour, au brûlant soleil de la vérité. Ce jour là, petite fille, la douleur sera immense. Mais tu survivras et tu revivras. La vérité ne tue jamais. La vérité peut faire mal, très mal. Mais elle ne tue pas. Elle ressuscite.

Petite fille, ce jour là tu pleureras. Tu pleureras toutes les larmes de ton cœur. Mais crois moi, ces larmes tu ne les verseras pas pour rien. Elle viendront arroser dans un petit coin de paradis le cœur d'un homme qui n'avait plus souri depuis bien longtemps. Depuis ce triste 13 Mars 2008. Et ce jour là, petite fille, tes larmes lui redonneront l'envie de sourire, de rire et pourquoi pas de chanter et de danser.

Alors ne soit pas triste. Accepte et vis.

Pour de vrai!

Thierry. Ton oncle.



Article ajouté le 2008-05-19 , consulté 140 fois

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