Samedi 15 mars 2008 : L'attente
Je n'ai pas réussi à dormir de la nuit.
Samedi 15 mars 2008, à 8 heures je me suis rendue chez mes parents.
J'ai à nouveau espéré voir la Mégane blanche de Bernard garée devant la maison. Mais rien.
Les volets de la chambre de mes parents étaient fermés alors je n'ai pas osé entrer, s'ils dormaient je ne voulais pas les réveiller, je savais que ma mère avait veillé toute la nuit de jeudi à vendredi en attendant le retour de son fils.
J'ai attendu un moment et puis j'ai décidé d'aller faire quelques courses à Intermarché.
Je quittais les caisses lorsque j'ai vu mon père qui venait acheter le pain. Je l'ai rejoins, je lui ai dis que j'étais passé à la maison mais que je pensais qu'ils dormaient.
En fait, ils n'avaient pas fermé l'œil de la nuit. Je savais que tant que nous n'aurions pas retrouvé Bernard, ils ne retrouveraient pas le sommeil.
Nous sommes rentrés ensemble à la maison.
J'ai dit à mon père que j'avais eu Hervé au téléphone et laissé un message sur Yahoo à Thierry mais qu'il ne m'avait pas re-contacté, il devait être en déplacement.
Papa a donc décidé de prévenir Didier. Il est tombé sur Nicole, Didier était parti à la piscine je crois. Papa a demandé à ce qu'il nous rappelle car nous n'avions pas de nouvelles de Bernard. Ensuite, il a téléphoné à Thierry, mais il a eu Christine, Thierry était effectivement en déplacement et ne devait rentrer que dans la journée. Papa lui a laissé le même message qu'à Nicole.
Un peu avant 10h, Catherine est passée me prendre et nous avons pris la direction du Bugey pour une balade au dessus d'Argis.
En route, je surveillais toutes les voitures et sursautais chaque fois que nous croisions une Mégane blanche.
Pendant que nous marchions, sur ces chemins escarpés, avec toutes ces hautes falaises, je ne sais pas pourquoi j'ai pensé à une chute du haut de ces falaises.
Je ne crois pas aux prémonitions, c'est juste une pensée qui m'a traversée l'esprit, rien d'autre.
Bien sûr après coup, on pourrait lui donner une tout autre signification. Mais, je crois simplement que j'ai repensé à cette actrice Pauline Laffont qui avait été retrouvée morte après une chute dans une crevasse, enfin je crois.
Et puis je suis sujette au vertige et les falaises m'impressionnent toujours.
Pourquoi y avoir pensé à ce moment précis, j'en sais rien. J'y ai seulement pensé.
En fin d'après midi, Catherine m'a déposée devant chez moi, je voulais prendre une douche et me changer avant de retrouver mes parents, j'avais pas mal transpiré pendant la balade.
Je me suis rendue à pied, chez mes parents, ma voiture était garée devant chez eux, mais toujours pas de Mégane blanche.
Par contre mon père avait sorti sa voiture. La nuit commençait à tomber et sa voiture était dehors, il avait du se passer quelque chose.
J'ai vu ma mère qui m'a dit que les gendarmes venaient d'appeler ils avaient retrouvé la voiture de Bernard, avec un mot à l'intérieur.
Mon père s'apprêtait à se rendre sur les lieux.
Bien sûr je voulais l'accompagner.
Il attendait Abel, l'associé et ami de Bernard, pour partir.
Les gendarmes avaient téléphoné pour savoir si mes parents avaient un double des clés de la voiture, car il y avait un message mais ils ne pouvaient pas voir ce qu'il contenait.
Mon père n'a pas trouvé de double, alors il a téléphoné à Abel, lui les avait peut-être.
Mais non, il ne les avait pas. Par contre quand mon père lui a dit que la voiture de Bernard se trouvait vers Souclin dans le Bugey, il s'est rappelé qu'ils avaient effectués plusieurs chantiers dans le coin, alors peut-être que Bernard s'était réfugié sur l'un d'eux.
Les gendarmes voulaient aussi un vêtement de Bernard pour les recherches avec les chiens.
Dès que Abel est arrivé, nous sommes partis. La nuit était tombée, et il commençait à pleuvoir.
En route un des gendarmes a téléphoné, mon père m'a passé son portable. Je lui ai expliqué que nous étions en route, il a été surpris et a essayé de me convaincre que cela ne servait à rien.
J'ai compris son inquiétude, il n'avait pas envie de se retrouver avec une bande d'hystériques qui essayerait de lui expliquer comment faire son boulot, qui les harcèlerait de reproches déguisés en questions.
Mais, je savais que nous ne serions pas ainsi, et nous ne pourrions pas passer une nuit de plus sans en apprendre d'avantage.
Nous devions nous rendre compte nous même de la situation.
Je l'ai eu plusieurs fois au téléphone, j'ai essayé de me montrer très calme, et je lui ai dis que de toute façon nous étions en route et que nous leur apportions un vêtement de Bernard. Même s'il ne pouvait pas s'en servir ce soir, il l'aurait à disposition pour le lendemain matin.
Il n'a plus tenté de nous dissuader de venir, même s'il m'a expliqué que le vêtement ne leur servirait à rien car nous l'avions manipulé à main nue. Il m'a expliqué comment faire pour amener un vêtement, puis il s'est cantonné à en apprendre le plus possible : Bernard avait-il un téléphone portable ? est-ce que je connaissais son numéro ? connaissait-il quelqu'un dans les environs ?
Je lui ai passé Abel qui pouvait plus facilement répondre à cette dernière réponse. Mais après avoir mieux situé les lieux, il a du reconnaître que la voiture de Bernard était beaucoup trop éloignée des chantiers les plus près.
Nous nous sommes rendu à la gendarmerie de Lagnieu qui était bien évidemment fermée, compte tenu de l'heure avancée.
Mon père a rappelé le gendarme, qui lui a expliqué comment venir jusqu'à la voiture, elle se trouvait sur la route qui monte au col de Portes.
Pour moi, ça a été très difficile car je venais de passer la journée à me balader à environ 5 kilomètre de là à vol d'oiseau.
Arrivé sur les lieux, les gendarmes nous ont accueillis avec beaucoup de précaution. Ils ont commencé par nous expliquer qu'ils allaient devoir interrompre les recherches à cause de la nuit et aussi de la pluie. Nous avions tout à fait conscience de l'inutilité de continuer dans de telles conditions, nous ne voyons à peine plus loin que le bout de nos pieds, et on se rendait bien compte que nous étions environnés d'à-pic et falaises dangereuses. Tenter des recherches ainsi, était mettre en péril la vie de ces gens.
Même si c'est leur métier, il est facile de comprendre qu'il y a des obstacles insurmontables.
Le commandant, nous a aussi expliqué, qu'il avait dû casser une des vitres de la voiture pour avoir accès au message laissé dans la voiture. Il ne nous a pas caché, que ce message ne laissait que peu d'espoir, et qu'il convenait de se préparer au pire.
Je lui ai dis que nous étions préparés au pire depuis que nous avions eu connaissance du SMS.
Pourquoi ai-je dis ça, alors que nous avions toujours gardé espoir ?
Bien sûr nous avions gardé espoir, mais nous ne pouvions pas nous cacher le fait que Bernard avait aussi pu commettre cet acte que nous refusions d'envisager.
Il nous a demandé si nous voulions prendre connaissance de cette lettre d'adieu, mais selon lui, nous ferions mieux d'attendre, elle était très dure à supporter.
Nous avons dis que nous souhaiterions en prendre connaissance, mais pas tout de suite.
Rapidement, le commandant nous a expliqué qu'une patrouille avait signalé à leur gendarmerie la présence d'une voiture garée là depuis deux jours au moins et comme il n'y a aucune habitation à proximité, cette présence était suspecte.
Les gendarmes se sont rendus sur les lieux, ils ont entré le numéro d'immatriculation de la voiture dans leur fichier et se sont aperçus qu'un avis de recherche était lancé sur cette voiture pour une disparition inquiétante.
Ils ont appelé le commissariat de Meyzieu qui leur a donné le numéro de téléphone de mes parents.
Puis le maître chien nous a posé d'autres questions :
- Bernard est-il quelqu'un de colérique, d'irréfléchi ?
- Non Bernard est calme et posé.
- Il n'agit donc pas sous le coup de l'impulsion ?
- Non.
- A-t-il une arme à feu ?
- Non, nous sommes opposés à la détention de toute arme, Bernard aussi.
- Pourrait-il envisager de se pendre ?
- Non, enfin pas à notre connaissance, mais nous ne pensions pas non plus qu'il serait tenté de mettre fin à ses jours, alors….
Et nous avons aussi parlé des circonstances de sa disparition : chagrin sentimental, mais surtout toutes les épreuves qu'il avait traversé toutes ses dernières années.
Cependant il semblait avoir surmonté tout ça et trouvé un certain équilibre.
Les gendarmes nous ont à nouveau expliqué pourquoi, ils ne pouvaient pas poursuivre les recherches ce soir. Mais qu'ils recommenceraient dès demain matin.
Le maître chien voulait bien tenter d'explorer un chemin en a pic, mais mon père lui a dit que cela ne servait à rien qu'il risque sa vie. Ce chemin, il ne le connaissait pas, déjà en plein jour, il est dangereux alors de nuit et sous la pluie, ce serait stupide.
Le commandant nous a demandé si nous souhaitions être là pour les recherches de demain matin, bien sûr, il ne préférait pas car ils n'auraient sans doute pas beaucoup de temps à nous consacrer.
Mon père, lui a répondu, que s'il nous garantissait de nous tenir informé de l'état d'avancement de leurs recherches, alors nous ne les dérangerions pas. Nous ne viendrons pas les gêner sur place et nous ne passerions pas notre temps à leur téléphoner.
Le commandant nous a promis de nous prévenir dès qu'ils auraient du nouveau.
La question du vêtement de Bernard pour le maître chien a vite été réglée, tout d'abord pour leur recherche ils avaient pris l'appui tête du conducteur dans la voiture. Et puis, compte tenu du temps écoulé les odeurs n'étaient plus suffisamment présentes pour que le chien trouve la moindre trace. Donc inutile de leur en apporter un autre le lendemain matin.
Le commandant devait survoler le site en hélicoptère dès 8h30 le lendemain matin, tandis que les recherches au sol reprendraient en même temps.
Une dépanneuse est venue enlever la voiture de Bernard, puis nous avons tous quitté les lieux.
Sur le chemin du retour, j'ai téléphoné à chacun de mes frères.
J'ai commencé par Alain, qui habite tout près, puis j'ai prévenu Hervé et ensuite Didier. Je leur ai fait un résumé des événements.
Sur le reste du trajet, j'ai laissé libre court à mes larmes silencieuses.
Je n'ai pas voulu annoncer la nouvelle par téléphone à ma mère.
Nous avons donc attendu d'être à la maison pour tout lui expliquer. Et puis aussi pour prévenir Thierry.
J'avais dis à Alain, que j'allais rester dormir chez mes parents, mais je n'ai pas pu. Où aurais-je dormi. Dans la chambre vide de Bernard ? Dans le bureau de ma mère, à coté de la chambre vide de Bernard ? Dans la bibliothèque, tout près de la chambre vide de Bernard ? Non.
Et puis, je savais que j'avais encore besoin de pleurer, et je ne le ferai pas devant mes parents, ils n'avaient pas besoin d'avoir à me réconforter, ils avaient leur propre peine à surmonter.
Avant de partir, j'ai pris le temps d'appeler Patricia, ma cousine. Elle s'était toujours montrée très proche de Bernard et de moi, un peu comme une autre sœur.
Bien entendu, je n'ai pas dormi de la nuit. Je ne cessais d'inventer des scénarios.
Bernard, avait eu envie de se promener, histoire de réfléchir à tout ça, mais comme il n'était pas équipé pour la marche, il avait glissé et s'était cassé une jambe, il ne pouvait pas bouger et les gendarmes allait le retrouver, en mauvais état, mais vivant.
Où bien il avait effectivement songé à mettre fin à ses jours, et il s'était engagé dans un chemin, mais il avait repris ses esprits, et puis il s'était égaré, blessé enfin que sais-je.
Je sais que c'était idiot, mais je voulais me raccrocher à toute pensée positive.
Isabelle, sa "soeurette"

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