Bernard DUPIN

Souvenirs de nos vacances en Bretagne : Août 1997

Je voudrais te parler de ton père.

Te parler de lui enfant, de lui avant toi, de lui avec toi et de lui sans toi.

 

Toi et ton père, tu n'en as sans doute aucun souvenir, mais vous avez passé de bons moments ensemble. Et j'ai été témoin de certains d'entre eux.

 

Plus tard, je te parlerai de ta naissance et des moments qui ont suivi, jusqu'à la séparation finale. Cette séparation qui a été une réelle souffrance pour ton père.

Il ne faudra pas lui en vouloir s'il n'a pas continué le combat. Si tu as l'impression qu'il t'a abandonnée en se jetant du haut de cette falaise. Car la lutte était inégale. Pour se battre contre tout ce qui vous a séparé, il aurait fallu qu'il utilise les mêmes armes que celles utilisées contre lui : la haine. Or, Bernard ne pouvait pas haïr. Il avait la naïveté de croire que la vérité et l'amour gagnent toujours.

Mais c'est une autre histoire que nous te raconterons plus tard.

 

Aujourd'hui, je voudrais te parler de toi et de lui.

 

J'ai sous les yeux de nombreuses photos de toi. De toi sans lui, de toi avec lui, de toi avec ton autre famille.

 

Aujourd'hui je voudrais m'attarder plus particulièrement sur deux photos de toi et de lui prises à quelques secondes d'intervalle. C'était le 11 août 1997 à Vannes.

C'est été là, nous l'avons passé, toi, ton père et moi ensemble en Bretagne. Mes parents nous avaient prêté leur camping-car.

Mon père m'avait emmené en camping-car de Meyzieu à la maison de tes grands-parents maternels, près de Saintes où tu vivais.

A cette époque ton père habitait avec toi, chez tes grands parents, et ta mère avait pris un appartement ailleurs.

 

Nous avons fait une première escale dans la Grande Brière. J'ai des photos de toi observant ton père photographiant les oiseaux, de toi attendant ton père pour monter les marches d'un observatoire à oiseaux, de toi montant ces marches en t'aidant de tes mains tandis que ton père derrière surveille ton ascension.

Une seconde au Crouesty où nous avions retrouvé un couple d'amis avec leurs deux filles. J'ai des photos de toi sur le porte-bébé du vélo de ton père lors d'une promenade, de toi donnant la main à ton père sur une digue.

 

Et puis notre troisième escale a été Vannes. Après avoir fait un tour en ville le matin, nous avons déjeuné dans le camping-car.

Sur la première photo, tu es assise à cotés de ton père. Tu épluches une banane en le regardant d'un air fripon. Lui-même tient dans sa main une banane et te regarde en faisant semblant d'être fâché car tu n'as pas fini ton assiette de pâtes et jambon.

 

Sur la photo suivante, vous me faites tous les deux face avec chacun votre banane à la main, ton sourire est coquin, quant à ton père il grimace comme un singe.

 

 

J'ai tronqué la partie droite de la photo où tu te trouves.

Cette photo exprime bien la réelle complicité qui existait entre vous, et cette grande tendresse qui vous unissait.

 

Des photos de toi, seule, ou avec ton père, ou avec tes cousins, cousines cet été là je pourrai t'en décrire plusieurs. 

Celle où tu barbotes dans une petite mare d'eau laissée sur la plage par la mer en se retirant. Avec tes cousins et cousines, que nous avions rejoint pour quelques jours, tu avais appris à faire des châteaux de sables.

Celle où ton père te porte sur ses épaules après une longue marche dans la lande bretonne.

Celle où tu rechignes à avancer sur cette même lande bretonne, ton père te tenant par la main.

Celle où à plat ventre sur un rocher tu essayes de voir au-delà du rocher, tes pieds reposant sur les mains de ton père qui t'aide et te retient en même temps.

Celle ou tu discute avec Melody, la fille de Mireille.

Celle où tu avances d'un pas aussi décidé que celui de ton père à qui tu donnes la main, et pourtant nous avions déjà beaucoup marché ce jour là !

Celles où tu es endormie dans le siège auto, où dans le lit de la capucine.

Celle où tu grimpes toute seule à l'échelle de la capucine.

 

Et puis il y a aussi celle où tu te blottis tendrement dans les bras de ton père, en fin de soirée, tu t'apprêtes à sucer ton pouce et à t'endormir.

 

Je te parlerai de toutes ces photos et de bien d'autres, ainsi que de ces films vidéos que tu n'as jamais vu.

Et je te raconterai ton père comme personne ne t'en a parlé jusqu'à présent.

 

Je prendrai le temps, pour que peu à peu le mur du mensonge se lézarde et cède sous le poids de la vérité. Cette vérité que tu ignores. Cette vérité si différente.

 

Tu découvriras, alors que ton père t'aimait, qu'il avait l'intention d'être présent dans ta vie, à tes cotés. Qu'il voulait être un père attentif et attentionné. Mais que ce n'est pas le rôle qu'on voulait lui voir jouer et que pour cela il a payé le prix fort.

 

Oui petite fille, si ton père n'avait pas fait tant d'effort pour être près de toi et te donner tout l'amour d'un père, alors aujourd'hui il ferait encore partie de ta vie.

 

Et toi, petite fille, avec lui, vous feriez toujours partie de notre vie.

 

Isabelle, ta tante.



Article ajouté le 2008-05-28 , consulté 90 fois

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