Mardi 18 mars 2008 : le recueillement
Mardi 18 mars 2008.
Avant de rejoindre toute la famille réunie chez mes parents, j'ai imprimé diverses photos. La veille nous avions décidé de mettre dans le cercueil avec Bernard, une photo de lui avec sa fille et une de lui avec A….
Nous avions demandé à A… si elle était d'accord et elle avait dit « oui ».
La présentation du corps était prévue à partir de 14h à Lagnieu.
Avec Hervé et Mireille, nous avons fait un choix de musiques et gravé un CD.
Puis nous avons pris la route pour Lagnieu.
La veille j'avais eu une discussion avec maman. Elle ne savait pas si elle voulait revoir Bernard avant la fermeture du cercueil. Elle hésitait, mais elle pensait qu'elle voudrait sûrement le voir, elle avait tellement envie de le serrer dans ses bras.
Moi, je ne savais pas. J'en avais parlé avec Alain.
Je n'étais pas sûre de vouloir voir Bernard ainsi. Je voulais garder de lui une image vivante et gaie.
Alain m'a dit que lors du décès de Mamy Revol, cela lui avait fait du bien de la voir, parce qu'elle semblait tellement apaisée, alors qu'elle avait tant souffert.
Moi, je me souviens que cela m'avait plutôt effrayé. Je ne sais pas si c'était de la voir, ou si c'était l'environnement, trop froid, trop sombre qui m'avait effrayé.
Alors là, pour Bernard je ne savais pas...
Lorsque nous sommes arrivés à Lagnieu, je ne savais toujours pas.
Je ne me souviens plus de qui a passé la porte le premier.
Je me rappelle seulement que papa est entré et ressorti presque aussitôt en murmurant : « je ne peux pas ».
Maman, elle, est rentrée et est restée. Je pense qu'elle a du rester jusqu'au dernier moment.
Thierry et Christine aussi.
Hervé et Mireille sont entrés et restés un long moment.
Florence avait écrit un mot pour Bernard dans la voiture. Elle est entrée et l'a glissé dans le cercueil, puis elle est ressortie en larmes.
Alain, Nadia, Florian, Léonie et Coline sont arrivés.
Alain est entré le premier, il a demandé à Coline d'attendre dehors. Nadia l'a suivi.
Léonie et Florian sont aussi entrés.
Léonie avait elle aussi rédigé un mot pour Bernard qu'elle a glissé dans son cercueil.
Elle est ressortie et les deux cousines sont tombées dans les bras l'une de l'autre en pleurant.
Bernard représentait tellement pour elles, pour nous tous.
Alain est lui aussi ressorti et a déconseillé à Coline d'entrer.
Papa a refait une tentative, mais il est ressorti assez vite.
Moi, j'observais ce va et viens, mais je n'osais toujours pas franchir la porte. J'avais trop peur de ne pas supporter ce qu'il y avait derrière cette porte.
Coline a voulu passer la porte, alors son père l'a accompagnée.
Jean et Domi (sa fille et notre amie d'enfance) sont arrivés. Ils sont entrés, sont restés un petit moment puis sont ressortis.
Ils sont restés un instant avec nous. Nous ne pouvions pas parler, la peine était trop grande.
Puis ils sont repartis.
Moi, j'hésitais encore. Bientôt, je devrais reprendre la route, car je devais aller chercher Jérémy, Sophie, Kiki et A. qui devaient arriver en fin d'après midi, à la gare de Saint Exupéry.
J'ai fini par me décider à franchir cette porte.
Je crois, et c'est stupide, que je l'ai fait parce que je voulais m'assurer que c'était bien Bernard.
Je pense que je ne voulais toujours pas y croire. Après tout, on ne nous avait pas demandé de reconnaître le corps, ni lorsque les gendarmes l'ont trouvés, ni après.
Alors je crois que j'avais gardé un infime espoir que ce ne soit pas lui.
Je sais que c'est idiot, mais j'avais besoin de m'en assurer par moi-même, même si j'avais assisté à ces allées et venues et qu'aucune des personnes n'étaient ressorties en disant que ce n'était pas lui.
Alors, j'ai passé la porte et je ne sais plus si c'est Alain ou Hervé qui m'a accompagnée.
Lorsque je suis entrée, j'ai vu maman, avec Thierry et Christine à droite, tout près du cercueil. Christine m'a dirigée vers la gauche, le coté le moins abîmé du visage de Bernard.
Je suis resté un moment à le regarder et puis je suis ressortie.
Je ne crois pas avoir conservé cette image en mémoire, à moins que je me refuse tout simplement à l'évoquer.
Je préfére les images de lui souriant.

Peu de temps après j'ai repris la route. Je suis arrivée à Saint-Exupéry quelques minutes avant leur arrivée.
Ce fut de tristes retrouvailles. Nous faisions notre possible pour retenir nos larmes, mais c'était quasiment impossible.
Initialement la mise en bière était prévue à 18h30, et compte tenu de l'heure de leur arrivée, il n'était pas apparu possible de rejoindre Lagnieu avant la mise en bière. Je devais donc rentrer directement à Meyzieu.
Cependant, en début d'après midi, on nous avait informé que la mise en bière n'aurait finalement lieu que le lendemain matin, avant le transport du corps jusqu'à Bron où devait avoir lieu l'incinération.
J'ai donc demandé à Jérémy, mais surtout à A… si ils voulaient aller voir Bernard.
Jérémy n'y tenait pas spécialement, mais A… avait besoin de le voir.
J'ai donc repris la route de Lagnieu, route que je connais désormais très bien.
Durant tout le trajet, nous n'avons pas prononcé beaucoup de mots, nous étions tous à notre chagrin.
Lorsque nous sommes arrivés, la nuit tombait, et il n'y avait plus personne.
J'ai allumé le hall. Puis avec A… et Kiki nous avons franchi la porte. A… me tenait la main, unie dans la même peine.
Je les ai conduites vers le même coté où m'avait dirigée Christine quelques heures auparavant.
A… s'est serrée contre moi et m'a murmuré « Pardon ». Je lui ai dit qu'il n'y avait rien à pardonner, qu'elle n'avait rien à se reprocher et que sans elle, Bernard n'aurait sans doute jamais supporté les dernières épreuves de sa vie. Que si elle n'avait pas été là, alors ce geste, il l'aurait peut-être accompli avant.
Nous savions tous que ce n'était pas elle qui l'avait poussé à ce geste, et elle devait s'en convaincre.
Thierry lui avait d'ailleurs envoyé un message en ce sens, dès que je lui avais annoncé la découverte du corps de Bernard.
Nous n'avions aucun doute sur leurs sentiments réciproques à tous les deux. Et nous savions qu'A… avait été honnête et sincère avec Bernard, qu'elle n'avait jamais cherché à lui nuire, bien au contraire.
Et nous avions tous été d'accord, pour lui demander d'être présente à nos cotés, pour les funérailles, car nous ne pouvions qu'imaginer sa peine et sa douleur, et surtout ce sentiment de culpabilité. Or nous ne pouvions pas laisser ce poids peser sur ses épaules et sur sa vie.
Aujourd'hui encore, je souhaite, nous souhaitons tous, qu'elle sache qu'elle n'a absolument aucun reproche à se faire.
Lorsque nous sommes ressorti, Jérémy m'a pris la main et j'ai repassé avec lui cette porte. Je sais que cela a été un effort très pénible pour lui. Il existait une si grande complicité entre Bernard et lui.
Je sais que cela peut paraître étrange à ceux qui n'ont jamais connu Bernard, mais tous ceux qui l'ont connu et vraiment aimé comprendront. Bernard savait créer des liens particuliers et très forts avec chacun.
Nous sommes ressorti assez vite. Puis nous avons repris la route, cette fois pour retourner à Meyzieu chez mes parents où tout le monde nous attendait.
Jérôme était arrivé.
A… est restée un moment au sous-sol avec sa sœur, je pense qu'elle avait peur d'affronter tout ce monde.
Je ne sais pas lequel de mes frères est allé la chercher. Thierry l'a installée à table a coté de lui.
Nous avons mangé tous ensemble.
Puis, j'ai emmené Jérémy, Sophie, A… et Kiki chez moi, pour la nuit, car une lourde journée nous attendait le lendemain dès 9 heures du matin.
Isabelle, sa soeur.

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