Bernard DUPIN

Jeudi 14 août 2008 : Bernard aurait eu 45 ans

Jeudi 14 août 2008. Aujourd'hui Bernard aurait fêté son 45ème anniversaire.

Il y a tout juste 5 mois et un jour qu'il a choisi de mettre fin à ses jours.

 

Tu te demandes peut-être, petite fille, pourquoi je suis celle qui te parle le plus de ton père.

Sans doute parce que je suis la « petite sœur ».

Sans doute parce que nous n'avions que 14 mois d'écart, et qu'enfant nous étions pratiquement inséparables.

Sans doute parce que depuis plus de huit ans, je me suis posée en porte parole de la famille, et que j'ai joué le rôle de lien entre nous tous.

 

Et puis petite fille, ce n'est pas facile, pour aucun d'entre nous, de te parler de ton père. Nous en parlons entre nous, mais la douleur est toujours là, si forte.

 

Même si nous savons que ça ne sert à rien, nous gardons en nous un sentiment de culpabilité.

Pourtant, nous l'aimions tous très fort. Et nous avons tous été là dans les moments les plus difficiles de sa vie.

Il savait pouvoir compter sur nous. Il savait pouvoir se reposer sur nous. Malgré cela, il a gardé pour lui son profond désespoir.

Des questions, nous nous en posons tous. La plus douloureuse, est sans doute celle-ci  : pourquoi ne s'est-il confié à personne ? Ni à Sonja, Joël ou Abel, ses amis les plus proches et les plus fidèles, ni à l'un d'entre nous, sa famille ?

Bien sûr, il ne sert à rien de se torturer avec des questions sans réponses. Mais c'est l'absence même de réponse qui empêche la plupart d'entre nous de te parler de ton père.

 

Je t'ai dis que ton père et moi, enfant, nous étions pratiquement inséparables. Je le suivais partout. Il me faisait rire aux éclats. Parfois, rien que de le voir, je prenais des crises de fous rire qui n'en finissaient pas.

A table nous étions toujours assis l'un en face de l'autre. Et il m'arrivait souvent d'être obligée de sortir de table, pour calmer un fou rire.

Et en grandissant, il a gardé cette faculté de me faire rire.

Notre complicité enfantine a tissé un lien très fort entre nous, que ni les années ni la distance n'ont jamais pu détruire.

 

Je l'ai souvent taquiné en lui disant qu'il avait découvert sa vocation de commercial lorsqu'il avait réussi à me vendre « les » colonies de vacances.

Au retour de ses premières colonies de vacances, il devait avoir environ 7 ans, il était si enthousiaste, si heureux, il me racontait mille et une histoires et chansons qu'il avait apprises là bas, bref, il m'avait tant et si bien vanté « ses » colonies que j'ai fait des pieds et des mains pour partir en colonie l'année suivante. Et, contrairement à lui et mes autres frères, je ne peux pas dire que j'ai été vraiment fan des colonies de vacances.

Cette anecdote était devenue un sujet de plaisanterie entre nous.

 

Ton père a été aussi quelqu'un qui m'a beaucoup aidé dans ma scolarité. Il me trouvait des moyens mnémotechniques pour que je fasse moins de faute d'orthographe. Il me donnait des astuces pour que je sois plus rapide en calcul mental, pour que je retienne mieux un théorème.

Et tous ces petits trucs me servent encore aujourd'hui.

 

Florian, ton cousin, a lui aussi bénéficié de l'aide de son oncle Bernard, pour sa scolarité. Ton père lui a donné des cours de maths qui l'ont vraiment aidés à progresser.

Il est vraiment dommage que tu n'ais pas eu la chance de connaître mieux ton père, ni de partager d'avantage de temps avec lui. Car il aurait eu tant à t'apporter.

Tes cousins et cousines pourraient t'en parler eux. Car il a toujours été à l'écoute de chacun d'eux. Et je ne crois pas m'avancer beaucoup, si je te dis que chacun d'eux ont pu profité de ses conseils et de son aide.

 

Je te le dirai sans doute souvent, mais ton père était quelqu'un de très bien, de gentil, de sensible et d'attentionné.

Tu te dis peut-être que je ne suis pas partiale car je suis sa sœur. Mais soit sûr que je ne suis pas la seule à penser cela de lui.

Je n'ignore pas que ta mère, qui ne peux pas se prévaloir de plus de partialité qu'aucun d'entre nous, et ses parents te disent le contraire. Mais ils ne sont que trois, alors que nous sommes plusieurs dizaines à pouvoir t'affirmer que ton père était un être, non pas parfait, mais vraiment très bien, qu'il t'aimait plus que tout et que ton absence était pour lui sa plus grande souffrance. Quelqu'un que tu as aimé tendrement et que tu aurais continué à aimer si on t'en avait laissé l'opportunité.

 

Voilà petite fille, aujourd'hui c'était l'anniversaire de ton père, et le cadeau que je voulais lui faire, c'était te parler de lui, te raconter quelques uns de mes souvenirs d'enfance avec lui.

Et je voudrais aussi t'offrir cette photo :

 

Ton père et moi pris en flagrant délit : la main dans le sucrier. Complices, même (surtout) dans les bêtises. 



Article ajouté le 2008-08-14 , consulté 82 fois

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